Lutter contre les inégalités d’accès à l’emploi : les Bureaux régionaux de l’emploi de l’IBB
Mina Duru Çalışkan
Dans le cadre du module Jean Monnet SOCRETUR et du cours SOC411 Droits sociaux et inclusion sociale en Turquie et en Europe, nous avons visité le Bureau régional de l’emploi de Bayrampaşa de la Municipalité métropolitaine d’Istanbul (IBB) le 18 décembre 2025.
À cette occasion, Hüseyin Ferdi Olur, responsable des opérations de groupe des Bureaux régionaux de l’emploi de l’IBB, a présenté l’historique du projet, son fonctionnement ainsi que les données relatives à l’emploi collectées jusqu’à présent. La présentation a été suivie d’un échange avec les étudiant·e·s, permettant d’approfondir les enjeux liés au chômage et aux processus d’insertion professionnelle.
Qu’est-ce qu’un Bureau régional de l’emploi ?
Les Bureaux régionaux de l’emploi ont été créés en 2020 en tant que projet social au sein de İstanbul Personel Yönetim A.Ş. (İSPER), avec le statut de bureau privé de placement. Leur objectif principal est de contribuer à la lutte contre le chômage à Istanbul en mettant en relation les demandeur·euse·s d’emploi et les employeurs.
Initialement lancé avec un seul bureau et un objectif de 200 000 personnes, le projet a depuis permis de faciliter l’accès à l’emploi pour environ 275 000 personnes, s’est étendu à 34 bureaux et a accompagné 22 500 entreprises dans leurs recrutements.
Les demandeur·euse·s d’emploi et les employeurs se rencontrent principalement via un portail de carrière dédié (https://bio.ibb.istanbul). Les bureaux assurent également un travail de présélection des candidatures et orientent activement les personnes vers les offres les plus adaptées à leurs profils.
Une opportunité pour les étudiant·e·s universitaires
Hüseyin Ferdi Olur a souligné que la plateforme s’adresse également aux étudiant·e·s universitaires, en proposant des emplois à temps partiel ou de courte durée. Par ailleurs, les bureaux développent des programmes d’insertion professionnelle adossés à des formations, ciblant notamment les jeunes au chômage.
Ces programmes visent l’acquisition de compétences nécessaires dans des métiers majoritairement ouvriers. Parmi les exemples cités figurent les formations en vente, barista, contrôle périodique des ascenseurs ou encore pâtisserie. Les processus de certification sont réalisés en coopération avec İŞKUR. Les bureaux assurent également un suivi d’un an après l’embauche, notamment en ce qui concerne la continuité de la couverture sociale.
Femmes confrontées à un « double obstacle » et employeurs à la recherche de personnes handicapées « sans handicap »
Selon les données présentées par Olur, la majorité des demandeur·euse·s d’emploi sont âgé·e·s de moins de 30 ans et disposent d’un niveau d’enseignement secondaire ou équivalent. Cette tendance est similaire parmi les personnes en situation de handicap. En revanche, une forte disparité de genre apparaît : 73,11 % des demandeur·euse·s handicapé·e·s sont des hommes, contre 26,89 % de femmes.
Olur explique cette sous-représentation des femmes handicapées par des contraintes familiales, liées notamment aux réticences des conjoints ou des parents à leur participation au marché du travail.
Du côté des employeurs, l’inclusion reste très limitée. Bien que les entreprises moyennes et grandes soient soumises à des quotas d’emploi des personnes handicapées, nombre d’entre elles ne disposent ni des infrastructures adéquates ni d’une culture organisationnelle inclusive. Les employeurs tendent ainsi à rechercher des personnes handicapées dites « sans handicap », et dans certains cas, l’emploi des personnes handicapées reste purement formel.
Ces constats montrent que les dispositifs juridiques ne suffisent pas, à eux seuls, à garantir l’inclusion professionnelle des femmes et des personnes handicapées. Un changement de mentalités apparaît indispensable.
Le travail migrant et l’exclusion des canaux formels d’emploi
À la suite de la présentation, les étudiant·e·s ont interrogé Hüseyin Olur sur l’emploi des migrant·e·s. Celui-ci a souligné que le travail migrant en Turquie est majoritairement informel et faiblement rémunéré. Seule une minorité disposant d’un permis de travail valide s’adresse aux Bureaux régionaux de l’emploi.
Parmi ces personnes, celles maîtrisant l’arabe sont plus fréquemment recrutées par des entreprises travaillant avec le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
Que deviennent les personnes après leur embauche ?
Répondant aux questions sur le suivi post-embauche, Olur a indiqué que les bureaux maintiennent un contact avec les personnes placées pendant au moins un an, en particulier lorsqu’elles appartiennent à des groupes défavorisés. Ce suivi vise à identifier les difficultés rencontrées dans l’emploi et à élaborer des solutions adaptées.



